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XVIIIe siècle

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XVIIIe siècle

Si l'agriculture ne connaît pas d'évolution importante, on a pu parler « d'âge d'or » du textile à domicile. En effet, dans les campagnes autour de Rouen, des marchands de la ville distribuent la matière première (la laine essentiellement à Grand-Couronne) à des fileuses et des tisserands qui sur des métiers domestiques, réalisent la fabrication des fils et des tissus, récupérés ensuite par le négociant. En 1701 une famille peut ainsi gagner 43 sous par jour (15 pour le père, 8 pour la mère,5 pour chacun des quatre enfants). Apparemment la rémunération est meilleure que celle du journalier agricole. Dès février 1714 l'archevêque de Rouen se plaint : « on abandonne la culture des champs... et on ne peut plus trouver du tout de bûcherons pour façonner les bois... à cause de l'activité textile dans les campagnes ». 1721 : Des récoltes se font difficilement " avec beaucoup de peine et d'argent " pour la même raison. Si bien qu'en 1725, le Parlement de Normandie défend aux toiliers et passementiers d'envoyer leur coton à filer au dehors... afin d'empêcher les habitants de la campagne d'abandonner la culture des terres (recommandation suivie d'effet ?). Passé le milieu du siècle, la situation se détériore : l'aune de toile, payée huit sols aux ouvriers en 1750, l'est sept en 1751. En effet, on commence à, reconcentrer la production en ville. La signature, en septembre 1786, du traité de commerce franco-anglais plonge toute la région dans la crise économique : les tissus anglais, fabriqués avec de nouvelles machines, reviennent moins chers.

Quand, à la veille de la Révolution (1788), la commission intermédiaire lance une enquête sur le paupérisme,   le pessimisme est de  mise : à Grand-Couronne, qui a alors  260 feux (un peu plus de  1 000 habitants), on compte plus de 200 fileuses et toiliers, 7 vieillards et infirmes, 12 familles nécessiteuses, mais 200 chômeurs sont prévus.

Les impôts pèsent lourds dans l'accroissement de la gêne. Le siècle a été fertile en nouvelles contributions : la capitation, rétablie en 1701, qui devait permettre à l'État d'imposer les privilégiés et était établie suivant le degré de fortune, devient en réalité un simple supplément à la taille toujours en vigueur. En 1710 apparaît le dixième sur les propriétés, les offices et les revenus industriels et commerciaux ; levé de façon épisodique, il est supprimé en 1749 ; on le remplace immédiatement parle vingtième sur tous les revenus ; mais, dans les campagnes, le plus impopulaire de toutes ces décisions fut lerétablissement en 1738 de la corvée, tombée en désuétude, sous forme de temps de travail consacré à la construction des routes et à divers travaux publics, les plus aisés peuvent y échapper par le rachat (somme versée à la place du travail. En 1778, elle est convertie en une nouvelle prestation en argent ou en nature (fourniture de cailloux, d'empierrement ou de transport, etc.).

D'autres fléaux accablent les masses rurales. Les aléas climatiques sont toujours redoutés (le plus connu étant le "grand hiver" 1709-1710, "funeste", "féroce"), sources de crise alimentaire et d'inflation démesurée du prix des grains.

Il faut compter aussi avec les épidémies qui affectent le bétail. Dans un village où l'élevage est la plus rémunératrice des activités agricoles, presque tous les bestiaux de la paroisse de Grand-Couronne de la "donne" en 1716. Une autre épizootie ravage les élevages en .1770.

Aussi, entre les périodes de détente où les récoltes sont satisfaisantes (printemps et étés chauds entre 1711 et les débuts des années 1730) on connaît des années noires. Les comptes de la fabrique de l’église pour 1739 sont fortement affectés : « la pauvreté des habitants empêche que l'on ne loue les bancs (de l'église) ».

Aussi les Couronnais sont-ils de plus en plus pointilleux sur l'utilisation de leurs biens communaux. Les procès se multiplient contre les paroisses voisines pour faire pâturer leurs bêtes dans les prairies. Moulineaux est particulièrement en cause (procès d'août 1732 à 1740) : on nomme un gardien surveillant les intrusions à la rigole Bigot. Ce poste figure encore dans les comptes de 1770. L'État continue à prétendre à la possession des prairies, mais, prudent, il se « contente » de faire payer de lourdes taxes à la communauté « pour être maintenue et confirmée en la possession et jouissance des communes prairies » ! 600 livres en 1735, 500 en 1744, alors que ces terres ne rapporte à la paroisse que de 700 à 800 livres, ce qui incite de riches propriétaires à lui prêter de l'argent et leur permet d'encaisser de confortables intérêts.

La forêt de Rouvray qui mesure alors 4 000 hectares (7 960 arpents) semble sortir de sa séculaire désolation. Le dynamique garde-marteau des eaux et forêts de Rouen, Jacques-Nicolas Rondeau à l'idée (1731) de transformer les landes et bruyères et tous les terrains « vagues et abroutis » en plantation de pins sylvestres ou maritimes, à partir de graines achetées à Bordeaux. En 1740, le Conseil d'État décide que le traitement des feuillus se fera désormais en demi-futaie avec révolution de 25 ans. En 1750 est lancé un plan de repeuplement de 400 arpents en bouleaux (qui d'ailleurs dépérissent rapidement), puis de 300 chaque année. Mais la lutte n'est pas encore gagnée. En 1754, 3 000 arpents ne sont encore d'aucun rapport, à cause des déprédations et de coupes exagérées.

À l'intérieur du village, l'histoire « politique » est marquée par un interminable seigneurial qui se place, cette fois, sur le terrain juridique. Ce nouvel avatar débute en 1753 lorsque l'abbaye de Saint-Pierre-sur -Dives, possesseur du fief de l'Épinette., vend celui-ci au sieur Louis de Pommeraye, un riche Rouennais « écuyer, conseillé du Roy, maître ordinaire à la Cour des Comptes de Normandie », avec tous les droits qui y sont attachés. Guillaume Haillet de Couronne, seigneur de Petit-Couronne et titulaire de l'autre fief du village de Grand-Couronne, le fief Deshayes, refuse que Pommeraye se pare des prérogatives anciennement réservées à l'abbaye et qu'elle négligeait beaucoup. C'est l'affrontement, porté tout de suite par un procès qui n'a pas encore trouvé son issue en 1789. Requête, mandement, plaintes, factums, se succèdent auprès de juges qui ne semblent pas pressés de prendre parti entre jean-Baptiste Haillet et Nicolas de Pommeraye qui poursuivent la querelle de leurs pères.

Parallèlement, la vie villageoise s'organise de manière de plus en plus rigoureuse. Des assemblées d'habitants se réunissent pour examiner les comptes du receveur choisi parmi les notables, comme d'ailleurs le syndic qui les représente tous avec le curé. Les « petites écoles » sont tenues par le vicaire qui reçoit, en 1763, 220 livres par an. Date capitale : en juin-juillet 1787 est créée une nouvelle hiérarchie d'assemblées provinciales, mais aussi de paroisses. Naît ce qu'on n'appelle pas encore le conseil municipal. Curé et seigneur en font partie de droit, avec de trois à neuf membres (selon la population) élue par l'assemblée des habitants. On substitue le régime représentatif des municipalités à celui de quasi-démocratie directe des assemblées générales. L'élection de septembre-octobre porte à sa tête le syndic Guillaume Cave.

Au 18e siècle Grand-Couronne a vu apparaître de nouveaux bâtiments, par exemple la   « Maison blanche » en fait le lieu de résidence des Pommeraye, rénové dans les années 1780 ; le nouveau (et actuel) presbytère : au château du Grésil, la chapelle Sainte-Catherine bénie le 5 juillet 1734 ; des maisons bourgeoises comme celles du quatre rue Clemenceau achevée en 1765. Aux Essarts sont bâties des communs et la chapelle de la maison Saint-Antoine (1757). Par ailleurs en 1704, la chapelle Saint-Marc (alors sur le territoire de Moulineaux) est réunie à l'hôpital de Bourg-Achard. En ruine, et devenue « un asile de vagabond », sa démolition est autorisée en 1764. L'actuelle croix Saint-Marc est érigée en 1772.

L'église Saint-Martin, elle, est plutôt négligée : ainsi, ses chapelles Saint-Nicolas et Saint-Sébastien y sont interdites d'accès comme trop dangereuses, en 1739. Elle est « un peu découverte et une cloche (est) cassée », constate-t-on en 1752. L'argent manque ; ainsi un projet de « réparation urgente " à la nef, de novembre 1753, trouve-t-il sa concrétisation.

Enfin la ville de Bolbec ayant été, en juillet 1765, ravagée par un terrible incendie (800 maisons détruites), le Parlement interdit désormais de couvrir les maisons en paille ou chaume en agglomération (ce qui ne sera pas immédiatement appliqué à Grand-Couronne).

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La Révolution

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La Révolution

   

Cette période est extrêmement profuse en événements liés le plus souvent à la conjoncture nationale et aux décisions prises au plus haut niveau.

Si ces événements n’apportent pas de modifications capitales dans la vie quotidienne des habitants, le cadre dans lequel elle prend place, lui, est radicalement transformé. En une décennie, on assiste en effet :

À la disparition du système féodal des ordres, en place depuis des siècles.

L’Église perd l’essentiel de ses prérogatives : abolition des dîmes en août 1789, nationalisation de ses biens en novembre 1789, Constitution civile du clergé qui fait des prêtres des fonctionnaires recevant un traitement. Il leur est demandé de prêter serment, ce qui entraîne un véritable schisme.

À Grand-Couronne, le curé Caumont refuse, ainsi que son vicaire Godement, qui deviennent des “réfractaires”. Le vicaire Tournache, lui, accepte (26 décembre 1790) et devient curé à la place de Caumont en mars 1791.. Il est “jureur” comme le vicaire Heuvin, le 25 juin 1792.

L’état civil, jusque-là tenu par le clergé, est laïcisé: la date de naissance y remplace désormais celle du baptême. Le divorce est autorisé le 20 septembre 1792 mais, dans la commune, il n’y en aura qu’un seul durant la Révolution, prononcé le 1er juin 1799.

Caumont a été expulsé vers l’Angleterre, Godement s’est volontairement expatrié.

L’église Saint-Martin a d’ailleurs connu bien des vicissitudes au fur et à mesure que l’avancement dans la Révolution la faisait considérer comme un lieu de réaction: saisie des instruments sacerdotaux en novembre 1793, invasion de l’édifice le 10 février 1794. Saint-Martin se transforme même en Temple de la Raison (mars 1794) et devient le siège de la Société populaire. On y célèbre la Fête de l’Être suprême en mai. Le prêtre  renonce à sa fonction le 28 février 1794 et se marie en avril. Le calme reviendra après la Convention.

La nuit du 4 août 1789 a marqué l’abolition des privilèges. M. de Pommeraye perd tous ses droits de seigneur et doit renoncer à percevoir les revenus attachés à ce titre.

À la création d’une certaine démocratie locale

Dès décembre 1789, les anciennes divisions administratives si complexes disparaissent. Sont créées les structures encore en place actuellement: département, district (futur arrondissement), canton et commune. Grand-Couronne est rattachée au district de Rouen et au canton d’Elbeuf le 1er mars 1790. La commune passera dans le canton d’Oissel, puis dans celui d’Orival et ne deviendra elle-même chef-lieu de canton qu’en 1800.

Le conseil municipal est créé, un registre de ses délibérations aussi. Jacques Guillaume Cavé, ancien syndic, est élu premier maire de l’histoire de Grand-Couronne le 14 février 1790. Malheureusement, le suffrage censitaire a été institué: seuls votent les “citoyens actifs”, les plus aisés. Un tiers des Couronnais ne peuvent s’exprimer. Le suffrage universel masculin sera établi sous la Convention (septembre 1792 - septembre 1795), avant la réapparition du suffrage censitaire.

Il n’y a pas vraiment de mairie ou “maison commune”. On se réunit au début chez Pommeraye, puis chez un des conseillers, enfin dans un local qui donne sur la sente Guenet.

Des organismes nouveaux apparaissent: la garde nationale - formée à Grand-Couronne en septembre 1791 - à laquelle sont assujettis tous les hommes valides âgés de plus de 25 ans. Une Société populaire, un Comité de Surveillance (20 mars 1794) n’eurent qu’une courte durée de fin décembre 1793 à l’automne 1794.

On plante un arbre de la liberté qui meurt en 1797.

Dans chaque commune, la création d’un “garde-messier” (garde-champêtre) est obligatoire le 8 juillet 1795. Enfin, le territoire communal est, le 27 janvier 1791, divisé en quatre sections de terres labourables et cinq sections de prairies (ce qui est encore valable au XXe siècle).

Pendant le Directoire, le système de la commune cantonale sera mis en place. Chaque commune perd son conseil, élit un ou deux représentants (dits agents) qui se réunissent au chef-lieu du canton et, y prennent les décisions . Bonaparte fera disparaître cette innovation et rétablira les conseils municipaux.

De grandes difficultés sociales

Le 29 août 1789, une loi permet la libre circulation des grains; ce devrait être une bonne nouvelle pour une commune comme Grand-Couronne qui arrive toujours difficilement à assurer son auto-subsistance. Mais comme la période est marquée par plusieurs mauvaises récoltes dans la région (1788, 1789, 1794, 1795), nourrir la population devient un défi pour chaque municipalité. On y fait face en empêchant la spéculation (le pain est taxé dans la commune le 29 janvier 1791, en réquisitionnant les récoltes, en obtenant du district des droits d’achat sur les marchés d’alentour, par exemple au Neubourg le 2 juin 1793, à Bourg-Achard le 24 septembre 1793, à Frichemesnil en mai 1794 (où les envoyés de Grand-Couronne se heurtent à ceux d’Oissel, désireux eux aussi de s’y ravitailler), à Saint-Jean-sur-Cailly en juin 1794.

Ce système des réquisitions et les visites domiciliaires, effectuées par des commissaires nommés par la municipalité et destinées à vérifier l’état de leurs stocks, entraîne des désagréments pour les producteurs particulièrement en 1793 et 1794. On voit aussi des réquisitions de chevaux et de voitures.

Le chômage, la misère, les levées de troupes ( “en masse ” en août 1793), avec leur lot de désertion, les logements de militaires (mai 1794) créent un sentiment d’insécurité. Un passeport intérieur est créé le 28 janvier 1794, décerné par les municipalités, pour empêcher le vagabondage et permettre la surveillance des déplacements.

Le fameux bandit Duramé, qui sévit dans la région depuis 1789, se fait arrêter le 9 janvier1797 après avoir tenté de cambrioler un hôtel de Grand-Couronne. Ce sera là son dernier méfait.

À partir de l’An II (1793-1794) les guerres deviennent quasiment continues. En 1798, la commune compte 12 soldats de la première réquisition. Il y avait eu 27 volontaires en 1792 et 17 requis.

Des changements d’habitudes se préparent.

Ainsi, en avril 1795, le franc devient la monnaie nationale basée sur le système décimal. Sont abolis les séculaires denier, sou et livre.

Le système métrique unifie les mesures qui jusque là variaient d’une région à l’autre. Mètre, litre, gramme, etc devront être désormais utilisés.

Mais les nouvelles unités mettront très longtemps à être effectivement employés. Il faudra attendre le milieu du XIXesiècle et la généralisation de l’école pour que ces changements entrent vraiment dans les mœurs et que même des documents officiels cessent de parler d’acres, de sous ou de livres.

Au milieu du XXe siècle, on utilisera encore la pièce de 20 sous et au début du XXIe on achète encore une livre de beurre.

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Moyen Âge

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Moyen Âge

      

Le plus ancien document (un cartulaire de l’abbaye de la Trinité du Mont) où apparaît le nom de Couronne sous la forme Curtulmo, date de 1024 environ. À partir de ce moment, l’existence d’une communauté villageoise sera confirmée par des citations, dans des textes, de plus en plus nombreux au fil du temps. Grand-Couronne, Petit-Couronne et une partie de Moulineaux ne forment alors qu’une seule paroisse, autour d’une église située à Grand-Couronne. L’origine du nom Couronne semble bien être scandinave. Les formes que revêt cette appellation, latinisée dans les écrits, paraissent le prouver : Curtehulm, Curtehulmi, Corhulma, Corolme, Curulmum, Coronam proviendraient de Corholm signifiant “endroit frais, humide”.

La séparation des deux Couronne apparaît au 12e siècle dans les archives : “Corulmo minore”, “Magna Coroma”. “Molinelles” (Moulineaux) est cité dans un texte de 1066.

 

Il semble qu’une solide communauté se soit constituée très tôt à Grand-Couronne. En effet, vers 1150, l’impératrice Mathilde (qui apparaîtra ensuite sous le nom d’emperesse ou “reine” qu’elle n’a jamais été) fait don à la communauté du village de vastes prairies situées dans la partie basse du lieu. Les documents mentionnant cet événement semblent définitivement perdus, mais la légitimité de la possession collective ne peut être mise en doute. En effet, au long des siècles, la paroisse fut en but aux prétentions du pouvoir royal désireux de mettre la main sur ces terres. Des procès opposèrent le modeste village à la puissance royale en 1523 mais surtout à partir du 17e siècle : 1627, 1628, 1636, 1657. Son dossier devait être solide et bien documenté puisque le transfert à l’État ne se fit jamais malgré l’obstination de celui-ci. En 1815 une nouvelle tentative de la monarchie se termine par la reconnaissance par le baron Louis des droits de possession des “communaux” par le village. Mais ce n’est qu’en 1830 que ce litige prit définitivement fin. Au fil des siècles, une bonne partie des ressources de la paroisse, puis de la commune, provient des prairies; à certaines périodes, elles représentèrent plus de la moitié de ses revenus ! Une organisation précise, qui se maintint pour l’essentiel jusqu’à la disparition des “communaux” prévoyait deux types d‘utilisation: une période de l’année où les bêtes des tiraient des recettes de biens situés à Grand-Couronne. Les abbayes de Jumièges (1025), Saint-Ouen (1026), Fécamp (1035), les Sœurs lépreuses de Quevilly (1183), La Trinité du Mont, l’Hôtel-Dieu.

Au XIIIe siècle la paroisse comptait 120 feux soit environ 600 habitants pouvaient paître contre paiement d’une taxe, une autre où le foin était vendu. Ce système perdura jusque dans les années 1930-1940. Des Couronnais se souviennent encore que du foin fut distribué à la fin des années 1940.

 

Une église Saint-Martin fut élevée aux 11e-12e siècles. Elle fut remplacée par une autre au 13e siècle. Il subsiste de celle-ci le clocher, construit dans la deuxième moitié du siècle, et le chœur élevé au 14e siècle. La nef a été totalement refaite au 19e siècle.

   

Une autre construction voit le jour, probablement au 13e siècle : Le Manoir du Roi, ou manoir Fichon, situé à l’endroit où s’élève maintenant la mairie. Faisant partie du domaine royal, il vit passer momentanément Blanche de Castille, mère de saint Louis, en 1212, et vraisemblablement celui-ci vers 1250. Mais c'est surtoutPhilippe le Bel qui y fit plusieurs séjours en 1290, 1304, 1309, 1312, attestés par des décisions royales datées de Grand-Couronne, La forêt du Rouvray, giboyeuse, attirait ce gros chasseur. Une léproserie Saint-Marc fut édifiée au 13e siècle également vers Moulineaux. De nombreux établissements religieux  habitants.

   

La guerre de Cent Ans fut une épreuve pour la paroisse comme toutes celles entourant Rouen. Le 6 janvier 1357 les Navarrais de Charles le Mauvais, qui faisaient cause commune avec les Anglais, brûlèrent le Manoir du Roi, qui ne fut jamais reconstruit, l’impécuniosité du roi étant en cause. Seule, la chapelle Saint-Eustache, adjacente au manoir, fut épargnée. Dans le temps le site du Manoir et ses ruines furent vendus plusieurs fois, mais il garda son nom au moins jusqu’au 18e siècle.

Les défrichements opérés dans la forêt de Rouvray par les moines, dont ceux de Grammont et de Saint-Dominique d’Émenneville, sont attestés dès le 12e siècle. L’un d’eux portait le nom d’Essart Fichon, celui-ci étant le chef des archers de Philippe le Bel. Le hameau des Essarts lui-même est attesté sous ce nom en 1454. Là aussi la guerre de Cent Ans fit des ravages. Un aveu de 1399 par le fief des Essarts précise : “ …par les mortalités et fortunes …” sont les dites terres tournées en bocages, en ruines et en désert sauvage de fougères, de genêts et d’autres bois. De même, le cheptel agricole d’élevage avait fortement diminué par les rapines des pillards et des gens de guerre.

Durant le 15e siècle, se précisent les droits d’usage de la forêt (interdiction d’y mener paître les moutons, privilège d’y prendre du bois décerné à la paroisse, droits de chasse…). Les travaux d’aménagement du Marais se multiplient (mention du fossé Blondel en 1411).

Malheureusement, la guerre renaît, sporadiquement, avec son cortège de mercenaires avides de butin qui désolent la rive gauche de la boucle de la Seine. En 1418, “exploit légendaire” des hommes d’Henri V d’Angleterre qui font traverser par ses bateaux, à travers la forêt, cette boucle de la Seine de Grand-Couronne à Orival en les halant.

   

À la fin de la guerre de Cent Ans (1453) et des épidémies de peste, récurrentes depuis 1348, la paroisse de Hautot-sur-Seine, qui avait 200 habitants au 13e siècle, tomba à 30, puis atteignit 60 en 1471 ! Grand-Couronne fait alors partie des 57 paroisses qui appartiennent en fief au temporel de l’abbaye de Saint-Pierre-sur-Dives.

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Moyen Âge

Publié le par societe-histoire-grand-couronne.over-blog.fr

Vous pouvez prendre connaissance de ce nouveau texte " Moyen Âge " dans la rubrique : histoire de Grand-Couronne

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XVIe et XVIIe siècles

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XVIe et XVIIe siècles

 

 XVIe siècle

Commencent à s’envenimer les rapports à propos du titre de seigneur de Grand-Couronne : les religieux de Saint-Pierre-sur-Dives prétendent y avoir droit. Les tenants du fief Deshaies, qui existent depuis les 12e et 13e siècles, négligeront cette prétention jusqu’au 18e siècle. La famille qui le possède au début des années 1500 est celle des Poillelevillain, qui le rend à la famille de Civille (avec droits de moulin et de colombier). Enfin, pour plus longtemps, il passe à Jean Bonshoms et ses successeurs.

 

La forêt est surexploitée. L’Assemblée municipale de Rouen affirme, le 24 avril 1506, que “les forêts sont épuisées ; si l’on voulait tirer du bois de celle du Rouvray, elle serait détruite et rasée en moins de trois ans”. Le “bateau de La Bouille”, qui assurait des voyages épisodiques depuis 1477, fonctionne régulièrement à partir de 1523, halé sur un chemin qui longe la Seine sur la rive droite.

L’ordonnance de Villers-Cotterets (1539) impose désormais la rédaction des actes d’état civil en français, et non plus en latin. Dès lors “Corona” est définitivement remplacé par Couronne. Mais on trouve encore jusqu’en 1640, dans la paroisse, des actes rédigés en latin. La chapelle Saint-Eustache, qui avait survécu à la guerre de Cent Ans, est détruite en 1562 (ou 1563) par les protestants lors de la première guerre de religion.

 

 XVIIe siècle

Les religieux de Saint-Pierre-sur-Dives (fief de l’Épinette) et les tenants du fief Deshaies continuent leur querelle à propos de la seigneurie de Grand-Couronne. Les premiers démentent aux seconds le droit de faire sonner les cloches pour leurs plaids et celui d’avoir un siège particulier à l’église. Le fief Deshaies passe en 1667 de la famille Bonshoms à celle des Soyer d’Intraville. Ceux-ci le vendent en 1692 à Le Cormier de Sainte-Hélène. À la fin du siècle (1698), Haillet en prend possession.

 

Ce siècle (règnes d’Henri IV, Louis XIII et Louis XIV) est une période très difficile pour les Français en général et pour la paroisse en particulier. En effet, la peste réapparaît à Rouen et dans ses environs. À ce fléau s’ajoute celui des conflits rouennais avec l’État qui amènent dans notre région des mouvements de troupes “qui vivent sur le pays”, pillant les modestes ressources des paysans, semant la peur et la désolation. Ainsi la révolte des “Nus-Pieds” contre la gabelle (impôt sur le sel) et d’autres taxes culmine d’août à novembre 1639, à Rouen, où se déroulent les incidents les plus graves de la sédition (saccages des bureaux de recettes, incendies de maisons de percepteurs, mise à mort d’agents des finances …). En novembre, le roi envoie le maréchal de camp Gassion et ses troupes mater la révolte. Ils passent à Grand-Couronne les 13 et 14 ; en décembre, ils y repassent. Tout ce monde, dont le chef, loge dans la paroisse, ainsi qu’à Moulineaux et à Oissel. On y voit même passer, au début de 1640, le chancelier Séguier.

 

Des faits semblables se déroulent au moment de la Fronde, révolte des nobles contre l’autorité royale (1649). Des combats confus ont lieu à La Bouille en mars, à Moulineaux en mai, avec les mêmes conséquences calamiteuses : “Dans les huit ou dix lieues où nous avons séjourné pendant deux mois, nous avons mangé sur le pays sans rien payer”, dit le duc d’Harcourt, chef des troupes royales.

 

Plus généralement, les guerres qui ont été menées si fréquemment contre les voisins de la France et en Europe ont nécessité des levées d’impôts très lourdes à supporter. Ajoutées à de fréquentes disettes (sept sous le règne de Louis XIV) dues aux aléas climatiques ou aux ravages des gens de guerre, elles plongent les populations, surtout rurales, dans une extrême misère. En 1621, un arrêt du Conseil et des lettres patentes du roi déchargent les habitants de Petit-Couronne, de Grand-Couronne et de Moulineaux du paiement de la taille de l’année, qu’ils auraient été bien incapables de fournir. Mais lors de la plus terrible crise, celle de 1692 à 1694, où l’on mourut vraiment de faim, les gens furent réduits à manger de l’herbe, la chair des chevaux, des chiens, à la suite des saisons pluvieuses et froides, catastrophiques pour les récoltes. On a évalué le nombre des morts en France à 1 600 000 (J. Dupâquier) ou à 2 800 000 (M. Lachiver), famine et peste, pour une population totale de 20 millions.

 

La forêt de Rouvray souffre, elle aussi, “du cynisme de Grigous, affairiste sans scrupules, toujours prêt à réaliser de juteuses opérations financières, facilitées par le manque de clairvoyance et de volonté des gouverneurs. La rotation des coupes y est fixée à 14 ans (32 en forêt de La Londe). Les arbres de 300 arpents seulement sur 8030 atteignent l’âge de 20 ans. Les aliénations du domaine sont nombreuses : 180 arpents en faveur de Robert de Hanyvel, 600 au premier président de la Cour des Comptes et, en particulier, pour Antoine de Gaumont, homme d’affaires de Mazarin et maître d’hôtel de sa Majesté, qui devient seigneur des Essarts en 1657 et acquiert 209 arpents. Mieux, l’affairiste Bonnel possède alors 5 890 arpents de forêt (environ 2 900 ha). Le Bois des Pères est détaché de la forêt domaniale.

 

Par ailleurs, on commence à défricher d’épais fourrés de terres “vaines et vagues” entre le Grand et le Petit Essart, qui vont devenir le Clos du Désert ou Clos Saint-Yon (1665).

Le textile se répand dans les campagnes. On voit se multiplier les métiers à tisser la laine ; les tisserands à domicile travaillent pour des marchands de Rouen.

Des travaux importants améliorent (un peu) l’état du “grand chemin royal de Rouen à Pont-Audemer” (passant par le centre du village et “la montagne de Moulineaux”) en 1625.

Dans l’église Saint-Martin “il y a nécessité de refaire tout de neuf les vitraux de l’église… attendu que tout est cassé et brisé”.

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XXe siècle

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XXe siècle

 

 

Pendant toute cette période et jusqu’en 1914, Grand-Couronne reste un village dominé par le monde agricole. Cependant, la proximité de Rouen et l’évolution générale du monde transforment peu à peu l’environnement dans lequel vivent les Couronnais dont le nombre stagne jusqu’en 1844 autour de 1 100.

Devant le foisonnement des sources documentaires qui nous permettent de connaître ce siècle, nous avons choisi de nous appuyer sur quelques dates-repères qui nous semblent révélatrices de l’évolution de la commune.

 

1. Le 4 février 1800 disparaissent les éphémères municipalités de canton. Les communes retrouvent leurs maire, adjoints et conseil municipal, même si, tout au long du siècle, les modes de choix de ces représentants et leur nombre varient beaucoup. Les districts se transforment en arrondissements ; un préfet est désormais à la tête du département et soumet les communes à une tutelle étroite. Grand-Couronne devient en 1800 chef-lieu d’un vaste canton qui couvre toute la rive gauche de la Seine (sauf Saint-Sever) et regroupe (comme en 2008) plusieurs communes de la rive droite.

 

2. Le Concordat de 1801, signé au nom du Premier Consul Bonaparte et du pape, fixe les rapports de l’État et de l’Église. Les communes sont obligées de payer les prêtres vicaires. Les instituteurs, dès 1802, sont nommés et rémunérés par elles. À partir de 1816, ils sont subordonnés au curé et au maire. Cette situation durera jusqu’au début de la IIIe République ; la religion reste la base de l’enseignement. Sous la Restauration (1816-1830), le ministère responsable se nomme “Ministère des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique“. Il perd sa référence ecclésiastique en 1828.

La loi Guizot du 28 juin 1833 impose à chaque commune une école pour les garçons de 6 à 13 ans. À Grand-Couronne, cette école fonctionnera d’abord dans le vicariat rue de l’Aumône puis, en 1862, dans une construction neuve. L’éducation ne progresse que lentement : 668 élèves dans le canton en 1834 ; 50% des enfants, garçons et filles, scolarisés en 1841.

La loi Falloux du 15 mars 1850 impose aux communes de plus de 800 habitants une école de filles qui, à Grand-Couronne, sera pendant longtemps confiée à des religieuses de Saint-Aubin. La question de la nomination d’enseignantes, religieuses ou laïques, sera souvent au centre des débats et créera de fortes dissensions.

À partir du début des années 1880, sous l’influence de Jules Ferry qui fait adopter la fameuses trilogie : obligation-laïcité-gratuité de l’école, on va voir progresser sensiblement le nombre des garçons et des filles alphabétisés.

 

3. Le premier “gros” changement économique se produit en 1815 lorsqu’un fabricant venu de Caen, Chauvel, installe à Grand-Couronne une fabrique de tulle qu’il dirigera jusqu’à son décès en 1827. Son successeur, Louis Paul Lefort, fait construire une usine qui, grâce à lui et à une famille d’inventeurs de machines, les frères anglais Thomas et surtout Jean Leavers, connaîtra un grand développement. Cependant, le nombre d’employés ne dépassera jamais la cinquantaine. Cette activité se maintiendra jusqu’au milieu des années 1920.

 

4. Une date très importante dans l’histoire de la commune est celle du 19 juillet 1844 : une ordonnance royale rattache à Grand-Couronne la section C de Petit-Couronne, c’est-à-dire Les Essarts. Grand-Couronne gagne d’un coup 500 habitants, un riche territoire agricole, une vaste zone forestière, une activité importante de briqueterie. Mais les premiers temps de la cohabitation furent difficiles. Les Essartais, séparatistes, voulaient, par exemple, leur propre section électorale et leurs propres conseillers au sein de la municipalité, ce qu’ils obtinrent, se sentant méprisés par les Couronnais “du bas”. Ceux-ci considérèrent que Louis-Philippe leur avait fait un cadeau empoisonné. “L’État, … a imposé ce hameau à la commune qui le rejetait” lit-on dans une délibération du 23 novembre 1851. Heureusement, ces oppositions s’apaisèrent avec le temps.

Les limites définitives du territoire communal se fixèrent dans le premier demi-siècle. L’annexion des Essarts donnera à Grand-Couronne une limite de contact avec Oissel ; le chemin de l’Étoile devint, le 5 mars 1820, la “frontière avec Orival”. Avec Moulineaux, ce fut beaucoup plus compliqué. Cette paroisse fut, en 1813, rattachée à La Bouille, mais une partie de son territoire - Le Grésil - fut alors attribué à Grand-Couronne qui le conserva lorsque Moulineaux retrouva sa souveraineté en 1837. Un long contentieux commençait.

Grand-Couronne, qui couvrait 991 hectares en 1800, en a 1 997 en 1868. L’élaboration du cadastre du territoire, décidée par Napoléon Ier en 1807, fut achevé pour Grand-Couronne en 1840.

 

5. À partir du milieu du siècle, le visage du centre-bourg se modifie profondément. En effet, les municipalités successives, malgré la modicité de la population qui décroît jusqu’en fin de siècle (1 700 habitants en 1844, 1395 en 1898 dont 250 aux Essarts ; 32 naissances et 42 décès en 1899), fournissent des efforts de rationalisation de l’espace communal et de modernisation des structures administratives. C’est ainsi qu’en moins de vingt ans on voit, dans le centre du village, s’élever enfin une vraie mairie (1851), une école de filles (1856), une gendarmerie et une école de garçons (1862). Aux Essarts, l’église Saint-Antoine-de-Padoue accueille les fidèles à partir de 1863 ; puis on y ouvre une école au centre du hameau en 1869. Les Essarts, étant érigés en succursale religieuse, se voient désormais dotés d’un curé qui remplace le vicaire. Il est alors nécessaire de construire un presbytère. C’est fait en 1877. L’église Saint-Martin, elle, est rénovée dans les premières années 1880 (cf. “LE FRAIS ET CHARMANT VILLAGE DE GRAND-COURONNE ”).

Autre nécessité : l’apport démographique des Essarts a, après l’unification, augmenté les difficultés d’inhumer dans le lieu séculairement réservé aux morts, autour de l’église Saint-Martin. À partir d’août 1878, les projets de création de deux cimetières se succèdent. Celui de Grand-Couronne mesurera 28 ares, celui des Essarts (près de la forêt) 20 ares. Le cimetière ancien est désaffecté en avril 1883, mais le transfert des tombes ne se fera que beaucoup plus tard.

 

6. Au début de 1883 est inaugurée la voie ferrée Rouen-Elbeuf par Grand-Couronne, tronçon de la ligne Rouen-Orléans, avec la gare et ses maisons de gardes-barrières (cf. “120 ANS DE CHEMIN DE FER À GRAND-COURONNE ” de R. Lefebvre). Ce nouveau mode de communication va, pendant quelques dizaines d’années, devenir le principal moyen de transport, portant un coup sévère à la liaison fluviale Rouen-La Bouille et affaiblissant l’activité des routes empruntées jusque-là. Dans ce domaine aussi la commune a pourtant fourni durant tout le siècle de gros efforts de rationalisation : classement des chemins (dès 1822), élargissement des rues à 6 mètres (1863), alignements, construction de caniveaux et même de trottoirs. Dès 1811, la lacune routière entre Grand-Couronne et Moulineaux était résorbée. En 1853, la côte des Essarts est aménagée. La route Rouen-Les Essarts est devenue carrossable. En 1877, il y a déjà des réverbères à huile.

Dans le même temps commencèrent les travaux d’endiguement et d’approfondissement de la Seine (1848) qui, dès 1856, permettent à des navires calant 7 mètres de remonter jusqu’à Rouen. La deuxième série de travaux (1867-1895) fait disparaître les trous et les irrégularités de largeur du lit à La Bouille, Moulineaux et Grand-Couronne. L’accul est isolé de la Seine par une digue et déjà à demi comblé d’alluvions en 1893.

Enfin, l’administration s’étoffe : un poste de secrétaire de mairie est créé en 1863, un notaire s’installe sur la Grand’Rue, un garde champêtre officie, etc.

 

7. Une grande partie des fléaux du temps passé ont disparu ou se sont raréfiés. Les épidémies meurtrières, malgré les alertes comme celle du choléra en 1832, reculent en face des progrès de l’hygiène et de la médecine. Les famines et disettes deviennent plus rares. L’agriculture devient plus productive : la jachère a disparu à Grand-Couronne en 1843, des cultures se développent comme celle de la pomme de terre dont le canton devient gros producteur, l’emploi d’engrais permet de meilleurs rendements. Mais le seul de ces fléaux qui persiste est celui de la guerre. La commune eut à subir deux fois les drames de l’occupation militaire : en 1816, à la suite de la défaite de Waterloo et de la fin du règne de Napoléon Ier, les Prussiens occupèrent la région rouennaise ; en 1870-71, Grand-Couronne fut une des communes de Seine-Inférieure qui subirent le plus douloureusement la dure présence des troupes allemandes (cf. GRAND-COURONNE DANS LA GUERRE DE 1870-1871 de P. Creoff).

Par contre, la petite commune eut l’honneur de recevoir la visite de deux chefs d’État : le roi Louis-Philippe en 1833, le président de la République Sadi Carnot en septembre 1888

 

 

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XIXe siècle

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XIXe siècle

 

 

Pendant toute cette période et jusqu’en 1914, Grand-Couronne reste un village dominé par le monde agricole. Cependant, la proximité de Rouen et l’évolution générale du monde transforment peu à peu l’environnement dans lequel vivent les Couronnais dont le nombre stagne jusqu’en 1844 autour de

1 100.

Devant le foisonnement des sources documentaires qui nous permettent de connaître ce siècle, nous avons choisi de nous appuyer sur quelques dates repères qui nous semblent révélatrices de l’évolution de la commune.

 

1. Le 4 février 1800 disparaissent les éphémères municipalités de canton. Les communes retrouvent leurs maire, adjoints et conseil municipal, même si, tout au long du siècle, les modes de choix de ces représentants et leur nombre varient beaucoup. Les districts se transforment en arrondissements ; un préfet est désormais à la tête du département et soumet les communes à une tutelle étroite.

Grand-Couronne devient en 1800 chef-lieu d’un vaste canton qui couvre toute la rive gauche de la Seine (sauf Saint-Sever) et regroupe (comme en 2008) plusieurs communes de la rive droite.

 

2. Le Concordat de 1801, signé au nom du Premier Consul Bonaparte et du pape, fixe les rapports de l’État et de l’Église. Les communes sont obligées de payer les prêtres vicaires. Les instituteurs, dès 1802, sont nommés et rémunérés par elles. À partir de 1816, ils sont subordonnés au curé et au maire. Cette situation durera jusqu’au début de la IIIe République ; la religion reste la base de l’enseignement. Sous la Restauration (1816-1830), le ministère responsable se nomme “Ministère des Affaires ecclésiastiques et de l’Instruction publique“. Il perd sa référence ecclésiastique en 1828.

 

 Une ordonnance royale rattache à Grand-Couronne la section C de Petit-Couronne, c’est-à-dire Les

Essarts. Grand-Couronne gagne d’un coup 500 habitants, un riche territoire agricole, une vaste zone forestière, une activité importante de briqueterie. Mais les premiers temps de la cohabitation furent difficiles. Les Essartais, séparatistes, voulaient, par exemple, leur propre section électorale et leurs propres conseillers au sein de la municipalité, ce qu’ils obtinrent, se sentant méprisés par la loi Guizot du 28 juin 1833 impose à chaque commune une école pour les garçons de 6 à 13 ans. À Grand-Couronne, cette école fonctionnera d’abord dans le vicariat rue de l’Aumône puis, en 1862, dans une construction neuve. L’éducation ne progresse que lentement : 668 élèves dans le canton en 1834 ; 50% des enfants, garçons et filles, scolarisés en 1841.

La loi Falloux du 15 mars 1850 impose aux communes de plus de 800 habitants une école de filles qui, à Grand-Couronne, sera pendant longtemps confiée à des religieuses de Saint-Aubin. La question de la nomination d’enseignantes, religieuses ou laïques, sera souvent au centre des débats et créera de fortes dissensions.

À partir du début des années 1880, sous l’influence de Jules Ferry qui fait adopter la fameuses trilogie : obligation-laïcité-gratuité de l’école, on va voir progresser sensiblement le nombre des garçons et des filles alphabétisés.

 

3. Le premier “gros” changement économique se produit en 1815 lorsqu’un fabricant venu de Caen, Chauvel, installe à Grand-Couronne une fabrique de tulle qu’il dirigera jusqu’à son décès en 1827. Son successeur, Louis Paul Lefort, fait construire une usine qui, grâce à lui et à une famille d’inventeurs de machines, les frères anglais Thomas et surtout Jean Leavers, connaîtra un grand développement. Cependant, le nombre d’employés ne dépassera jamais la cinquantaine. Cette activité se maintiendra jusqu’au milieu des années 1920.

 

4. Une date très importante dans l’histoire de la commune est celle du 19 juillet 1844 :   les Couronnais “du bas”. Ceux-ci considérèrent que Louis-Philippe leur avait fait un cadeau empoisonné. “L’État, … a imposé ce hameau à la commune qui le rejetait” lit-on dans une

délibération du 23 novembre 1851. Heureusement, ces oppositions s’apaisèrent avec le temps

Les limites définitives du territoire communal se fixèrent dans le premier demi-siècle. L’annexion des Essarts donnera à Grand-Couronne une limite de contact avec Oissel ; le chemin de l’Étoile devint, le 5 mars 1820, la “frontière avec Orival”. Avec Moulineaux, ce fut beaucoup plus compliqué. Cette paroisse fut, en 1813, rattachée à La Bouille, mais une partie de son territoire - Le Grésil - fut alors attribué à Grand-Couronne qui le conserva lorsque Moulineaux retrouva sa souveraineté en 1837. Un long contentieux commençait.

Grand-Couronne, qui couvrait 991 hectares en 1800, en a 1 997 en 1868. L’élaboration du cadastre du territoire, décidée par Napoléon Ier en 1807, fut achevé pour Grand-Couronne en 1840.

 

5. À partir du milieu du siècle, le visage du centre-bourg se modifie profondément. En effet, les municipalités successives, malgré la modicité de la population qui décroît jusqu’en fin de siècle

(1 700 habitants en 1844, 1395 en 1898 dont 250 aux Essarts ; 32 naissances et 42 décès en 1899), fournissent des efforts de rationalisation de l’espace communal et de modernisation des structures administratives. C’est ainsi qu’en moins de vingt ans on voit, dans le centre du village, s’élever enfin une vraie mairie (1851), une école de filles (1856), une gendarmerie et une école de garçons (1862). Aux Essarts, l’église Saint-Antoine-de-Padoue accueille les fidèles à partir de 1863 ; puis on y ouvre une école au centre du hameau en 1869. Les Essarts, étant érigés en succursale religieuse, se voient désormais dotés d’un curé qui remplace le vicaire. Il est alors nécessaire de construire un presbytère. C’est fait en 1877. L’église Saint-Martin, elle, est rénovée dans les premières années 1880 (cf. “LE FRAIS ET CHARMANT VILLAGE DE GRAND-COURONNE ”).

Autre nécessité : l’apport démographique des Essarts a, après l’unification, augmenté les difficultés d’inhumer dans le lieu séculairement réservé aux morts, autour de l’église Saint-Martin. À partir d’août 1878, les projets de création de deux cimetières se succèdent. Celui de Grand-Couronne mesurera 28 ares, celui des Essarts (près de la forêt) 20 ares. Le cimetière ancien est désaffecté en avril 1883, mais le transfert des tombes ne se fera que beaucoup plus tard.

 

6. Au début de 1883 est inaugurée la voie ferrée Rouen-Elbeuf par Grand-Couronne, tronçon de la ligne Rouen-Orléans, avec la gare et ses maisons de gardes-barrières (cf. “120 ANS DE CHEMIN DE FER À GRAND-COURONNE ” de R. Lefebvre). Ce nouveau mode de communication va, pendant quelques dizaines d’années, devenir le principal moyen de transport, portant un coup sévère à la liaison fluviale Rouen-La Bouille et affaiblissant l’activité des routes empruntées jusque-là. Dans ce domaine aussi la commune a pourtant fourni durant tout le siècle de gros efforts de rationalisation : classement des chemins (dès 1822), élargissement des rues à 6 mètres (1863), alignements, construction de caniveaux et même de trottoirs. Dès 1811, la lacune routière entre Grand-Couronne et Moulineaux était résorbée. En 1853, la côte des Essarts est aménagée. La route Rouen-Les Essarts est devenue carrossable. En 1877, il y a déjà des réverbères à huile.

Dans le même temps commencèrent les travaux d’endiguement et d’approfondissement de la Seine (1848) qui, dès 1856, permettent à des navires calant 7 mètres de remonter jusqu’à Rouen. La deuxième série de travaux (1867-1895) fait disparaître les trous et les irrégularités de largeur du lit à La Bouille, Moulineaux et Grand-Couronne. L’accul est isolé de la Seine par une digue et déjà à demi comblé d’alluvions en 1893.

Enfin, l’administration s’étoffe : un poste de secrétaire de mairie est créé en 1863, un notaire s’installe sur la Grand’Rue, un garde champêtre officie, etc.

 

7. Une grande partie des fléaux du temps passé ont disparu ou se sont raréfiés. Les épidémies meurtrières, malgré les alertes comme celle du choléra en 1832, reculent en face des progrès de l’hygiène et de la médecine. Les famines et disettes deviennent plus rares. L’agriculture devient plus productive : la jachère a disparu à Grand-Couronne en 1843, des cultures se développent comme celle de la pomme de terre dont le canton devient gros producteur, l’emploi d’engrais permet de meilleurs rendements. Mais le seul de ces fléaux qui persiste est celui de la guerre. La commune eut à subir deux fois les drames de l’occupation militaire : en 1816, à la suite de la défaite de Waterloo et de la fin du règne de Napoléon Ier, les Prussiens occupèrent la région rouennaise ; en 1870-71, Grand-Couronne fut une des communes de Seine-Inférieure qui subirent le plus douloureusement la dure présence des troupes allemandes (cf. GRAND-COURONNE DANS LA GUERRE DE 1870-1871 de P. Creoff).

Par contre, la petite commune eut l’honneur de recevoir la visite de deux chefs d’État : le roi Louis-Philippe en 1833, le président de la République Sadi Carnot en septembre 1888 .

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Préhistoire et Haut Moyen Âge

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Préhistoire et Haut Moyen Âge

 

Nous ne connaissons pas de texte antérieur à l’an 1000 où le nom de Couronne soit mentionné. Cependant l’archéologie nous fournit quelques renseignements concernant l’occupation du sol en ces périodes lointaines.

 

La fréquentation des lieux durant la préhistoire est prouvée par les nombreux outils de silex retrouvés dans la plaine des Essarts. Un menhir, la Pierre Devise (ou des Devises), est mentionné dans des textes du XVIIe et du 18e siècle ; elle était considérée, à ces époques, comme la limite entre la sergenterie de Bédanne et celle du Rouvray. Un texte du 27 janvier 1791 évoque la Pierre Devise qui fait la séparation entre Grand-Couronne et Petit-Couronne. On ne sait quand elle disparut.

L’époque gallo-romaine est encore mieux caractérisée. La présence de plusieurs restes de villas ou de fanums (petites constructions religieuses) est encore visible près des Essarts dans la forêt du Rouvray. Des tracés de voies romaines (dont celle Jognant Rothomagus à Dreux) et peut-être à Ugatte (Caudebec-lès-Elbeuf), ont été mis en évidence par des chercheurs au début du 20e siècle.

En ce qui concerne Grand-Couronne proprement dit, la présence d’un habitat pérenne est attestée au moins à partir du 6e siècle. En 1815, face à l’église Saint-Martin, on découvre en effet des sépultures franques (cercueils de pierre) renfermant des ossements humains, une lance en fer et un style en bronze.

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Histoire des églises de Grand-Couronne

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Histoire des églises de Grand-Couronne

 

ÉGLISE723 [Résolution de l'écran]Édition Bertout "La mémoire Normande"  - 1993

190 pages, broché, au format 15x21.

Épuisé

Cet ouvrage constitue la première publication de la Société d’Histoire de Grand-Couronne. C’est le fruit d’un travail collectif mené par une dizaine de personnes qui ont participé au dépouillement exhaustif des archives communales, d’une part importante des archives départementales et d’autres sources variées. La rédaction définitive a été assurée par Charles Schneider président d’honneur de la société, René Lefebvre, président, et André Guérard, vice-président et curé doyen de Grand-Couronne.

Il ne s’agit nullement d’une histoire religieuse de la commune, mais de celle des lieux de culte qui y subsistent : églises Saint-Martin, Saint-Antoine-de-Padoue, chapelle Saint-Antoine. Y sont également évoqués des édifices disparus.

Sommaire

Histoire de l’église Saint-Martin
Les origines chrétiennes de Corholm : du paganisme gallo-romain à saint Louis. (par Charles Schneider)
Une pérennité de sept siècles. (par René Lefebvre)

L’église Saint-Martin actuelle
(par André Guérard)

Les autres églises de Grand-Couronne
(par René Lefebvre)

Les bâtiments de culte disparus 
(par René Lefebvre)

Les prêtres de Grand-couronne
(par René Lefebvre et André Guérard)

 

Le groupe saint Martin

 

Saint Martin042Ce groupe exécuté. en pierre de Vernon (très dure) daterait du temps d’Henri II (XVIe siècle). Le “pauvre” a disparu à une date inconnue.

La facture du modelé du visage donne la quasi certitude qu’il s’agit du portrait du seigneur donateur (ce qui est fréquent à cette époque). D’autre part le blason est une indication précise : il représente un chevron d’or encadrant une tête de louve sur fond de gueule. Les notations du costume et du harnachement sont d’une précision exceptionnelle. L’épée plus ample que le fourreau marque symboliquement l’ampleur du partage. La majesté du cheval, en figure de parade, met en évidence la noblesse du geste.

La polychromie primitive, retrouvée sous huit couches de peinture, fait de cette œuvre un document de première grandeur. Il est inscrit à l’inventaire départemental.


 

Philippe le Bel

 

Philippe_Le_bel043--Resolution-de-l-ecran-.jpgParmi les vitraux du chœur celui-ci évoque les visites de Philippe IV le Bel, roi de France de 1825 à 1312, à Grand-Couronne.

L’inscription au bas du vitrail :

“PHILm IV HUC QUATER VENISSE LEGITUR
AB 1290 AD 1312”

Ce vitrail fut offert en mémoire de M. Alphonse-Augustin Duclos

 

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120 ans de chemin de fer à Grand-Couronne

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120 ans de chemin de fer à Grand-Couronne


 

chemin de fer [Résolution de l'écran]

 

 Éditions “Société d’Histoire de Grand-Couronne”  - 2003
190 pages, broché, au format 22x30.
Prix 6 €

 

La physionomie d’une ville porte les traces de son passé. Le connaître, c’est comprendre comment elle a évolué, comment se sont opérées les mutations successives de son économie, de son urbanisation, des activités et des mentalités de sa population pour aboutir à la situation actuelle.

Si un événement a profondément marqué l’aspect de Grand-Couronne et modelé le comportement de ses habitants, c’est bien la construction de la ligne de chemin de fer dont l’histoire et l’impact sont ici retracés.


  La gare au début du XXe siècle

 

gare137 Carte postale.
La gare est actuellement transformée en habitations par une société d’HLM.

 

 

 bonjour 

 

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