La Révolution

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La Révolution

   

Cette période est extrêmement profuse en événements liés le plus souvent à la conjoncture nationale et aux décisions prises au plus haut niveau.

Si ces événements n’apportent pas de modifications capitales dans la vie quotidienne des habitants, le cadre dans lequel elle prend place, lui, est radicalement transformé. En une décennie, on assiste en effet :

À la disparition du système féodal des ordres, en place depuis des siècles.

L’Église perd l’essentiel de ses prérogatives : abolition des dîmes en août 1789, nationalisation de ses biens en novembre 1789, Constitution civile du clergé qui fait des prêtres des fonctionnaires recevant un traitement. Il leur est demandé de prêter serment, ce qui entraîne un véritable schisme.

À Grand-Couronne, le curé Caumont refuse, ainsi que son vicaire Godement, qui deviennent des “réfractaires”. Le vicaire Tournache, lui, accepte (26 décembre 1790) et devient curé à la place de Caumont en mars 1791.. Il est “jureur” comme le vicaire Heuvin, le 25 juin 1792.

L’état civil, jusque-là tenu par le clergé, est laïcisé: la date de naissance y remplace désormais celle du baptême. Le divorce est autorisé le 20 septembre 1792 mais, dans la commune, il n’y en aura qu’un seul durant la Révolution, prononcé le 1er juin 1799.

Caumont a été expulsé vers l’Angleterre, Godement s’est volontairement expatrié.

L’église Saint-Martin a d’ailleurs connu bien des vicissitudes au fur et à mesure que l’avancement dans la Révolution la faisait considérer comme un lieu de réaction: saisie des instruments sacerdotaux en novembre 1793, invasion de l’édifice le 10 février 1794. Saint-Martin se transforme même en Temple de la Raison (mars 1794) et devient le siège de la Société populaire. On y célèbre la Fête de l’Être suprême en mai. Le prêtre  renonce à sa fonction le 28 février 1794 et se marie en avril. Le calme reviendra après la Convention.

La nuit du 4 août 1789 a marqué l’abolition des privilèges. M. de Pommeraye perd tous ses droits de seigneur et doit renoncer à percevoir les revenus attachés à ce titre.

À la création d’une certaine démocratie locale

Dès décembre 1789, les anciennes divisions administratives si complexes disparaissent. Sont créées les structures encore en place actuellement: département, district (futur arrondissement), canton et commune. Grand-Couronne est rattachée au district de Rouen et au canton d’Elbeuf le 1er mars 1790. La commune passera dans le canton d’Oissel, puis dans celui d’Orival et ne deviendra elle-même chef-lieu de canton qu’en 1800.

Le conseil municipal est créé, un registre de ses délibérations aussi. Jacques Guillaume Cavé, ancien syndic, est élu premier maire de l’histoire de Grand-Couronne le 14 février 1790. Malheureusement, le suffrage censitaire a été institué: seuls votent les “citoyens actifs”, les plus aisés. Un tiers des Couronnais ne peuvent s’exprimer. Le suffrage universel masculin sera établi sous la Convention (septembre 1792 - septembre 1795), avant la réapparition du suffrage censitaire.

Il n’y a pas vraiment de mairie ou “maison commune”. On se réunit au début chez Pommeraye, puis chez un des conseillers, enfin dans un local qui donne sur la sente Guenet.

Des organismes nouveaux apparaissent: la garde nationale - formée à Grand-Couronne en septembre 1791 - à laquelle sont assujettis tous les hommes valides âgés de plus de 25 ans. Une Société populaire, un Comité de Surveillance (20 mars 1794) n’eurent qu’une courte durée de fin décembre 1793 à l’automne 1794.

On plante un arbre de la liberté qui meurt en 1797.

Dans chaque commune, la création d’un “garde-messier” (garde-champêtre) est obligatoire le 8 juillet 1795. Enfin, le territoire communal est, le 27 janvier 1791, divisé en quatre sections de terres labourables et cinq sections de prairies (ce qui est encore valable au XXe siècle).

Pendant le Directoire, le système de la commune cantonale sera mis en place. Chaque commune perd son conseil, élit un ou deux représentants (dits agents) qui se réunissent au chef-lieu du canton et, y prennent les décisions . Bonaparte fera disparaître cette innovation et rétablira les conseils municipaux.

De grandes difficultés sociales

Le 29 août 1789, une loi permet la libre circulation des grains; ce devrait être une bonne nouvelle pour une commune comme Grand-Couronne qui arrive toujours difficilement à assurer son auto-subsistance. Mais comme la période est marquée par plusieurs mauvaises récoltes dans la région (1788, 1789, 1794, 1795), nourrir la population devient un défi pour chaque municipalité. On y fait face en empêchant la spéculation (le pain est taxé dans la commune le 29 janvier 1791, en réquisitionnant les récoltes, en obtenant du district des droits d’achat sur les marchés d’alentour, par exemple au Neubourg le 2 juin 1793, à Bourg-Achard le 24 septembre 1793, à Frichemesnil en mai 1794 (où les envoyés de Grand-Couronne se heurtent à ceux d’Oissel, désireux eux aussi de s’y ravitailler), à Saint-Jean-sur-Cailly en juin 1794.

Ce système des réquisitions et les visites domiciliaires, effectuées par des commissaires nommés par la municipalité et destinées à vérifier l’état de leurs stocks, entraîne des désagréments pour les producteurs particulièrement en 1793 et 1794. On voit aussi des réquisitions de chevaux et de voitures.

Le chômage, la misère, les levées de troupes ( “en masse ” en août 1793), avec leur lot de désertion, les logements de militaires (mai 1794) créent un sentiment d’insécurité. Un passeport intérieur est créé le 28 janvier 1794, décerné par les municipalités, pour empêcher le vagabondage et permettre la surveillance des déplacements.

Le fameux bandit Duramé, qui sévit dans la région depuis 1789, se fait arrêter le 9 janvier1797 après avoir tenté de cambrioler un hôtel de Grand-Couronne. Ce sera là son dernier méfait.

À partir de l’An II (1793-1794) les guerres deviennent quasiment continues. En 1798, la commune compte 12 soldats de la première réquisition. Il y avait eu 27 volontaires en 1792 et 17 requis.

Des changements d’habitudes se préparent.

Ainsi, en avril 1795, le franc devient la monnaie nationale basée sur le système décimal. Sont abolis les séculaires denier, sou et livre.

Le système métrique unifie les mesures qui jusque là variaient d’une région à l’autre. Mètre, litre, gramme, etc devront être désormais utilisés.

Mais les nouvelles unités mettront très longtemps à être effectivement employés. Il faudra attendre le milieu du XIXesiècle et la généralisation de l’école pour que ces changements entrent vraiment dans les mœurs et que même des documents officiels cessent de parler d’acres, de sous ou de livres.

Au milieu du XXe siècle, on utilisera encore la pièce de 20 sous et au début du XXIe on achète encore une livre de beurre.

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